ImageSon excellence Mr François Zimeray

L’ambassadeur français en séjour au Cameroun a été empêché de visiter la cellule où séjourne son compatriote Thierry Atangana depuis quinze ans.

La gorge nouée d’émotion en dépit des efforts faits pour paraître détendu face à la presse, François Zimeray exprime debout, son sentiment au terme de son séjour dans «l’enfer des deux lieux de détention» où séjournent ses compatriotes, Michel Thierry Atangana et Lydienne Eyoum, tous deux accusés de détournements de deniers publics. A la prison centrale de Kondengui à Yaoundé, il a partagé le cadre et les difficultés du milieu carcéral de sa compatriote et partant tous ceux qui l’entourent. Au camp de gendarmerie du secrétariat à la Défense où M. Atangana est fermé depuis plus de quinze ans, l’ambassadeur Zimeray a été interdit d’accès à la cellule de son compatriote.

«Je n’ai pu voir de mes yeux, la cellule de M. Atangana. Des éléments de la gendarmerie m’en ont fermement empêché. Et pourtant je suis au Cameroun dans le cadre d’une mission d’assistance consulaire à mes compatriotes en détention. Je souhaite que Mme la consule ait plus de chance pour accéder à cette cellule. Car, notre mission d’assistance consiste à s’assurer des conditions de détention, de la régularité des procédures et du respect des droits de la défense. Ce que je viens de voir ne me laisse pas intact. Il s’agit bien de l’enfer vécu. Il faut comprendre pourquoi Michel Thierry Atangana m’a dit, je suis ici pour mourir».

Un air grave, François Zimeray soutient que «l’affaire Thierry Atangana, est très suivie en France. Le sort de M. Atangana en dit long de ce point de vue sur l’Etat de droit dans ce pays. Où je ne suis pas venu pour faire des leçons. Mais partager une expérience. Certes, les problèmes de droits de l’homme se posent aussi en France. Ma présence a valeur de message. Je viens de voir un homme brisé». Des réalités que l’ambassadeur de la France pour les droits de l’homme dira avoir échangé avec le ministre de la Justice Laurent Esso. Avec lui également, il a abordé certains principes tels que la présomption d’innocence. Tout en évitant de franchir la ligne rouge, M. Zimeray n’a pu s’empêcher sous forme d’interrogations, de dresser un réquisitoire contre la justice camerounaise.

Il en a ainsi parlé des conditions globales de détention des pensionnaires rencontrés à Kondengui où il lui a été dit que les morts par étouffement, sont enterrés dans une fosse commune. Il en a également été de l’alimentation, de la promiscuité, de l’hygiène, de la situation des mineurs dans cet établissement pénitentiaire, des délais raisonnables de procédures, de la garde à vue, de la détention provisoire (et donc de la présomption d’innocence) car, «un présumé innocent est innocent jusqu’à la sentence de son affaire. D’où vient-il donc qu’il soit torturé?», interroge le diplomate français qui dit être également venu encouragé ceux qui portent le combat des droits de l’homme au Cameroun.

Le combat que François Zimeray veut partager avec le Cameroun n’est pas une opposition entre la société civile et le pouvoir politique. Mais un combat pour la dignité. Car, le Cameroun comme ami de la France, doit s’inscrire dans la logique du progrès. Dans la construction de l’Etat de droits. C’est en ce sens qu’il soutient que les droits de l’homme sont universels. Dès lors, sa venue au Cameroun ne saurait se lire comme un soutien uniquement à ses compatriotes. Mais, un message à tous ceux qui souffrent dans les prisons. «Lés détenus français du Cameroun ne doivent pas être l’arbre qui cache la forêt. Mais l’arbre qui donne accès à la forêt. Cette forêt au visage de rideau de fer».

En visite au Cameroun depuis lundi, 26 novembre 2012, l’ambassadeur de français pour les droits de l’homme achève sa mission au pays de Paul Biya ce mercredi 28 novembre. Au cours de son séjour en terre camerounaise, l’ancien avocat et député européen a également rencontré hier, mardi 27 novembre, le ministre de la Justice, Laurent Esso. Il s’agissait au cours de ce voyage en terre camerounaise, de porter un message susceptible de raviver le caillou Thierry Atangana et l’épine Lydienne Eyoum dans la chaussure de Paul Biya.

Par Leger Ntiga

Source : Mutations

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